29.12.2007
Lune de Miel: elle a vu, elle a écrit...
Au cœur du doux théâtre rouge au patronyme explosif, toute une semaine durant, le conteur Pierre Desvigne a mis les oreilles dans sa poche pour un voyage immobile. Cinquante minutes plus tard, il les a rendues une à une. Vivantes.
Récit :
Le corps de l’homme dissimulé par sa voix.
L’hôpital.
La sublime simplicité de la détresse.
La fenêtre qui s’ouvre pourtant.
S’ouvre et trace des chemins de vent dans l’encombrement de la solitude.
S’ouvre et remplit les yeux d’inaudibles battements d’aile.
S’ouvre
et ouvre
l’homme.
La voix de l’homme portée par son corps, son corps en marche, en marche vers la lumière.
Il devrait trembler ce corps.
Il ne tremble pas.
Le pied s’étale sur le sol. La scène docile se laisse habiter.
La lumière trouve des épaules sur qui se reposer.
Le corps et la voix se réconcilient. Se donnent l’un à l’autre.
Le parc, l’homme seul, les habitudes, la tristesse des habitudes étirées jusqu’à la corde, le parc l’homme seul, le parc, l’homme seul, le parc…
La femme devenue seule : plus personne à nourrir.
L’homme, la femme. Ils s’étaient vus si souvent. C’est la première fois qu’ils se reconnaissent.
Le parc, l’homme double, les habitudes, la douceur des habitudes partagées jusqu’au don, le parc, l’homme double, le parc, l’homme double, le parc…
Le rêve.
Trouble. Angoisse. Refus.
Le rêve.
Trouble, angoisse, refus. Le rêve. Trouble angoisse refus le rêve. Troubleangoisserefuslerêve.
Le même rêve. Cinq fois.
Partir. Aller chercher le rêve. Pérou. Lune de miel.
Les livres, l’homme seul, le corps qui s’amenuise d’avoir perdu ses yeux, fouiller le savoir, y chercher l’étincelle, oui mais…l’homme seul. Professeur. Aveugle.
La femme. Trop (peu) de vie pour être seule. La femme jeune. Fait rencontrer les livres à sa jeunesse. Etudiante.
Marche vers l’aveugle. Lui demande de la guider. Creuse en direction des quêtes de vision des indiens Pueblos. L’aveugle interpellé.
Partir. Aller chercher la flamme. Arizona. Shaman.
Pars
Va
Cherche
L’oiseau
De
Feu.
Et vois.
Pérou. L’homme qui tâtonne croise l’homme qui rêve.
Croise.
Et recroise.
Et cherche.
Et suit.
L’homme qui rêve.
Nuit. Marche. Quatre pieds se donnent la main. Guidés par un bâton de voyance. Avancent vers la peur - la vie.
La lune si proche. L’ombre maligne. Les plumes qui envolent le corps.
Nuit. Marche. Chute.
Le corps de l’homme dissimulé par sa voix.
L’hôpital.
La sublime simplicité de la détresse.
La fenêtre qui se ferme
sur la vie.
Il devrait trembler ce corps.
Il ne tremble pas.
Il reste un papillon.
Blandine Prot pour Mine de Rien (la (re)Vue d'Olibrius)
20:05 Publié dans Critiques bienveillantes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
