01 octobre 2008

BIG BANG NEUROLOGIQUE

Qui cache son fou, meurt sans voix. (Henri Michaux)

La rentrée...

Je n’ai plus envie de bouger.
Les radeaux ont quitté le port avec des débris d’hommes aux abois.
Sur une mer déchaînée ils se sont noyés d’attentes vaines, d’illusions de papier.
Grandeur de l’âme, je te donne les sept chandeliers du palais.

Bien avant que d’être
infiniment petit
sans parole et pourtant riche des secrets de poussière
le monde éclôt en hurlant
fracasse l’espace
le vide manquant
et dans un éclat de rire
le temps se dresse d’un coup
big bang neurologique

Qui parle
ici
qui crie
écris les cris
si ce n’est une hécatombe de lois,
une explosion d’attentes hors d’atteinte
je l’aspire sans cesse
sans que cela ne cesse
je procure à vie des jaillissements de langues
qui parle ?
un patrimoine cosmique
un big bang neurologique
une folie d’aimer
Où se trouve le siège lumineux du verbe dans l’obscur corridor de la parole ?
Où se trouve la clarté de la chair
l’écarté de la chair
la danse ronde des molécules ?

Qui es-tu langue mélodie
fille du vide grave
belle endormie ?

Je t’habille de sang, de soie, de flocons de neige.

Tiens, te voilà nue à présent,
malgré les apparats, les grimaces inutiles, la peur d’être soi.

C’est dans la profonde solitude que s’opère l’alchimie du verbe,
la naissance du monde cosmique.
Il est des lieux inaccessibles que seuls les anges peuvent caresser de leurs ailes -
ce sont des jardins suspendus au temps
fragiles, très fragiles, les jardins de l’Eden.
Si souvent tu secoues l’abîme et ils s’effondrent - la belle endormie aussi.
Il faut alors beaucoup d’anges pour la soigner au fond de l’abîme,
heureusement que le ciel n’en manque pas !

Il est un lieu sans cesse en mouvement qu’il me faut chaque jour réajuster, rattraper, quand dans le brouhaha des machines et des beautés illusoires, je le perds de vue, de vie, que je l’abandonne pour d’éphémères clartés, pour des sirènes ondulantes.
Quand je me retourne, non seulement il n’est plus là mais tout se fane autour de moi,
et d’un coup d’un seul j’ai le souffle coupé,
le ventre labouré.

Je meurs pour retrouver le temps perdu.
Je meurs si souvent en ce moment que je me demande bien ce qui me pousse à partir, ce qui attire.
Je meurs par petits bouts, à doses homéopathiques, et parfois aussi à grand fracas -
c’est une tempête qui soulève le radeau des moribonds
Et quand j’accoste sur une berge déserte, c’est un bouleversement d’absences.
Je suis, après chaque escapade, un peu plus perdu dans le dédale d’une vie.
Avant j’avais peur,
maintenant je souris au loup,
et je joue à chat-perché avec l’ogre.

Je le nomme dans un éclat de verre éparpillé sur la terre, et l’on dit que je déraisonne.
J’ai mille feux.
J’ai mis le feu au château,
de la cave au grenier les pierres se sont écroulées,
les bêtes féroces ont hurlé,
et je n’ai pas cédé à leurs pâles plaintes,
à leurs gémissements pitoyables et venimeux.
Je précise les enjeux, j’affûte ma lame, j’exerce mon doigt sans ambition
pour soulever l’aurore sur un plateau d’argent.
Elle éclate de rire et fait rougir le soleil de sa croquante beauté.
Je traverse des horizons chargés d’espoirs sans fin, et des nuits sans gloires.
Je l’imagine gravitant à l’aube de mes rêves érotiques autour d’une statue de chair sans cesse en mouvement.
J’ouvre mille espace.
J’espère le vide
pour dormir aux sommets des cathédrales,
bercé par un craquement de ciel,
une fêlure d’esprit.

Je parchemine sur une route d’encre soluble.
Je sème le vent dans les ondes éphémères d’un lac sorti des brumes.
Je l’extirpe d’une nuit radieuse aux côtés de la beauté sensuelle,
et je marche sur les eaux avec des pétales de coquelicots en guise de sandales.
Je crèverais le ciel pour garder la pluie de mes amours devenues.
Je lâcherais les hirondelles dans un semblant de fumée âcre.
Je parsèmerais les étoiles sur une voûte d’azur.
Je prierais à quatre genoux les errances des dieux orphelins.
Je regarderais le bleu de l’encre plongé dans l’âme blanche d’une page vide.
Je plongerais mes mains dans l’écume légère de la mer pour l’arracher à la moisson moribonde des pensées âcres, des anges déçus, déchus de nos rêves matinaux.

Nous sommes la juste somme de l’absence.

Je n’écris pas, j’expulse hors de moi des univers comme autant de feuilles en bout de branche.
Je plonge l’encre dans le parchemin et je nage sur le dos de la page.

Dans l’immense fosse avide, ce sont des vivants qui hurlent pour dire le temps.

Viens à moi insaisissable beauté,
c’est ici que je veux ouvrir les écluses du ciel pour déverser le lait des étoiles bavardes,
c’est ici que la cour s’ouvre aux parfums des notes mélodieuses d’une flûte,
ici que je peux dénombrer l’infini et m’écrouler d’impuissance, de rage et de chagrin.
Car ici le temps façonne et détruit à toute allure.
Ici pourtant rien ne bouge, apparemment,
et déjà tu lèves les yeux.
Alors tout se met en mouvement - un ballet gracieux d’atomes ivres qui débordent de générosité.

Ici, il y a la grandeur d’une page blanche posée sur la neige légère de l’écume qui divague.

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