Et il y a la Charlotte
La fraise sur l’gâteau
Traîtresse des Zéphirs
Elle a vendu son cœur
Au méchant roi Zordon’
Grenouille de bénitier
Vous n’êtes à ses yeux
Qu’un gros tas de pêchés
Charlotte, on te fera payer la note !
Charlotte de la Fraise, cinquante ans, sorcière de son état, est la honte de la profession.
Premier grief : elle est propre !
Dans la grande rue du village, chaque jour à la même heure, on peut croiser son serre-tête, sa jupe plissée bleue marine, et sa rangée de perles fines : il est 17 heures et Charlotte de la Fraise quitte sa maisonnette. La tête haute, la démarche étriquée, un sourire peint sur ses lèvres qui jamais ne bouge, elle agite sous son bras le livre qu’elle y détient prisonnier. En se tordant le cou, on peut en entre-apercevoir l’édifiant intitulé : « Principes de bonne conduite ; une éducation pour vivre ensemble ». S’y déclinent 394 pages de précepts et conseils à l’indubitable utilité. A tout instant de son quotidien minuté, Charlotte s’arrête, le consulte puis le referme, apaisée.
Le carcan de propreté dont elle a enserré sa toilette, elle désire l’étendre à son âme…et par-dessus tout, à celle des autres ! Oui, Charlotte de la Fraise est propre, entend le demeurer et donc ne pas se laisser souiller par les impuretés des autres : zélatrice du « Bien », ombre agenouillée du « bon roi » Eloi Zordon’, elle aura vent de la cohalition emmenée par Pôtofeu, le Dissident et, pour faire la paix avec sa conscience, la dénoncera aux Zobéi, précipitant la fuite effrénée des monstres hors du « Parc à Muses »…